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14/01/2026

DJ Bambi - Audur Ava Olafsdottir


RESUME

Logn est biochimiste, spécialisée dans les cellules, les plus petits éléments du corps humain. Elle a 61 ans, s’est toujours sentie femme mais est née dans un corps d’homme. Longtemps elle a tenté de s’en accommoder, s’est parfois habillée en femme, a parfois couché avec des hommes, a été DJ dans un bar gay. Puis elle s’est mariée avec Sonja, a eu un fils, qui lui-même est devenu adulte. Et soudain c’est devenu intolérable, à se jeter dans l’océan pour ne plus jamais reparaître : elle ne veut pas, quand la mort la rattrapera, que son cercueil se referme sur un corps qui ne lui correspond pas. Divorce, traitement hormonal, et bientôt, elle l’espère, l’opération du bas. À son âge ? Sa famille l’a rejetée, ses sœurs refusent qu’elle porte le prénom de leur grand-mère Guðriður. Son seul soutien est son frère jumeau, Trausti, qui passe la voir tous les jours et l’appelle pour lui souhaiter bonne nuit. Il veille sur elle. Face au désarroi d’avoir perdu un frère, il ne peut prendre le risque de perdre aussi sa sœur.

CE QUE J'EN AI PENSE

Je retrouve dans ce roman toute la puissance de la plume d'Audur Ava Olafsdottir qui m'avait manqué dans son précédent roman. DJ Bambi nous raconte l'histoire d'une femme transexuelle. A travers elle, c'est toute une réflexion sur ce que c'est qu'être une femme que l'auteure nous livre ou plutôt nous suggère car, comme souvent, la prose d'Audur Ava Olafsdottir est à la fois pudique et intime. Les mots sont posés sans fioriture, avec une poésie simple mais dotée d'une force évocatrice résonnante. Ce roman a une surface calme comme le "logn", mot islandais désignant l'état où le vent est retombé, que le personnage a choisi comme prénom de transition. Mais les émotions affleurent et nous percutent d'autant plus dans cette apparente tranquillité. DJ Bambi est empreint d'une force insoupçonnée. Un roman d'une grande sensibilité et d'une grande humanité qui suscite la réflexion et que je vous recommande chaudement. 

31/03/2025

Eden - Audur Ava Olafsdottir

RESUME

Alba voyage aux quatre coins du monde pour des colloques sur les langues en voie d'extinction. De retour à Reykjavik, elle fait le compte : pour compenser son empreinte carbone, il lui faudrait planter 5 600 arbres. Ni une ni deux, elle repère un terrain de roche, de lave et de sable avec une petite maison. Rien n'est censé pousser là mais Alba y projette déjà une colonie de bouleaux. Peu à peu, elle apprivoise son jardin d'Eden. Elle s'équipe au rayon bricolage de la boulangerie, prête l'oreille à son voisin qui lutte contre un projet d'usine à glaçons, et s'attache à un jeune réfugié prêt à absorber tout le dictionnaire.

CE QUE J'EN AI PENSE

C'est la première fois que je suis déçue par un roman d'Audur Ava Olafsdottir. J'avais adoré tous les romans de cette écrivaine jusqu'à présent mais je n'ai pas été conquise par Eden. Nous vivons l'histoire à travers le regard de la narratrice, Alba. Néanmoins ce point de vue m'a semblé étrangement impersonnel. Même si c'est Alba qui nous raconte l'histoire, ses opinions et sentiments restent obscurs. Cela pourrait être un exercice intéressant où le lecteur peut invoquer ses propres émotions. Mais j'ai trouvé qu'il y avait trop peu de matière à travailler. La prose de l'autrice qui habituellement me fascine par sa poésie, son goût pour souligner des détails du quotidien qui apparaissent sous un jour plus beau m'a semblée ici fade. Je ne peux pas dire que c'est un mauvais roman. Mais ce n'est pas un excellent roman. En fait, le problème est que je n'ai pas ressenti grand chose lors de cette lecture. Peut-être ai-je été également limitée par le fait qu'Eden attache beaucoup d'importance à la langue : Alba étant linguiste, elle s'arrête souvent sur des mots qui sont retranscrits en islandais dans le texte et traduits mais il est possible qu'il ne soit pas possible avec la traduction de comprendre pourquoi ces mots résonnent particulièrement pour le personnage. J'ai ainsi eu l'impression tout du long qu'il existait une barrière infranchissable entre la narratrice et moi. Je suis clairement restée sur ma faim avec ce livre. Je n'en attendrai pas moins le suivant avec impatience et je vous recommande toujours les autres romans d'Audur Ava Olafsdottir qui ont tous été des coups de cœur pour moi. 

16/02/2020

Miss Islande / Miss Iceland - Audur Ava Olafsdottir


RESUME


Islande, 1963, cent quatre-vingt mille habitants à peine, un prix Nobel de littérature, une base américaine, deux avions transatlantiques, voilà pour le décor. Hekla, vingt et un ans, emballe quelques affaires, sa machine à écrire, laisse derrière elle la ferme de  ses parents et prend le car pour Reykjavik avec quatre manuscrits au fond de sa valise. Il est temps pour elle d'accomplir son destin ; elle sera écrivain.
Avec son prénom de volcan, Hekla bouillonne d'énergie créatrice, entraînant avec elle Isey, l'amie d'enfance qui s'évade par les mots : ceux qu'on dit et ceux qu'on ne dit pas, et son cher Jon John, qui rêve de stylisme entre deux campagnes de pêche.

CE QUE J'EN AI PENSE


Quelle est la place d'une femme écrivain dans le monde des années 60 ? Quelle est la place d'un homosexuel dans les années 60 ? "Certes, il n'y a pas de place en ce monde pour un homosexuel, Hekla, mais il y a de la place pour une femme qui écrit." Hekla est la narratrice de ce roman. La jeune femme quitte sa campagne natale pour la capitale islandaise Reykjavik à la recherche d'un travail qui lui permettra de passer son temps libre à écrire. Elle y rejoint là son meilleur ami, DJ Johnsson qui est homosexuel. Dans cette Islande des années 60, on préférerait qu'Hekla soit miss Islande et que DJ Johnsson se marie (à une femme). Hekla et DJ Johnsson vont pourtant en quête d'un autre destin pour eux-mêmes. Le roman suit majoritairement la vie d'Hekla émaillée d'interactions avec d'autres personnages tels qu'Isey sa meilleure amie, mariée et mère qui écrit en cachette et craint d'être destinée à avoir une famille nombreuse. Il me semble qu'Isey et Hekla se ressemblent mais alors qu'Isey est tombée enceinte jeune et résignée par la force du destin à son rôle de mère, Hekla jouit de son indépendance comme si elle portait en elle une liberté naturelle et se joue du destin. Hekla, à l'image de son prénom qui est celui d'un volcan, est une source d'énergie surprenante et insaisissable. "Le poète" comme elle l'appelle avec qui elle chemine un moment est complètement éclipsé par la lumière qu'Hekla porte en elle. 
L'histoire d'Hekla est portée par la prose puissante d'Audur Ava Olafsdottir. Chaque phrase est un joyau qui recèle en elle bien plus de pouvoir qu'elle semble en avoir au premier abord. Les phrases sont simples mais sonnent tellement juste qu'elles sont profondément touchantes. Le roman, à la première personne, nous plonge dans l'intimité d'Hekla. Pourtant, il y a une sorte de détachement diffus dans la façon dont Hekla nous décrit le monde qu'elle voit, détachement que l'on retrouve dans les autres romans de l'écrivaine. Chaque page donne l'impression de révéler un immense secret mais en même temps, il semble qu'une part de ce secret reste à jamais sous un voile brumeux qui lui donne des contours flous. Nous voyons ce qu'Hekla voit mais nous ne savons pas ce qu'elle ressent. Cette façon de raconter est étonnante car elle suggère les sentiments sans les dévoiler tout à fait. Je trouve que cela apporte une puissance étonnante à la prose et stimule notre imagination et nos émotions. 
Il y a beaucoup de poésie dans les mots d'Audur Ava Olafsdottir. Elle magnifie le banal et lui donne une pureté et un sens profond. C'est beau. C'est immensément beau. De plus, ce roman porte un message féministe avec cette héroïne, femme écrivain indomptée par les hommes ni par cet homme qui ne cesse d'essayer de la convaincre de participer au concours de Miss Islande, ni par ce poète qui aurait aimé qu'elle puisse être une femme docile, bonne ménagère et bonne cuisinière, qui l'admire et qui la jalouse car elle est tout ce que lui voudrait être alors même qu'il est l'homme et elle, la femme. Il y a aussi l'homosexualité, abordée dans ce livre par le biais du personnage émouvant de DJ Johnsson, un homme sensible, mélancolique qui aspire à une vie où il ne devrait pas se cacher, où ce serait normal d'être comme il est. Ce roman porte un profond message sur l'acceptation de soi et de l'autre, sur l'égalité et le respect qui résonne encore aujourd'hui. 
Après avoir lu Les quatre filles du Dr March en début d'année, le personnage d'Hekla me fait immanquablement penser au personnage de Jo. C'est comme si mes lectures m'annonçaient une année 2020 d'écriture, d'indépendance et de féminisme. 
Miss Islande est une perle sublime qui s'ajoute au trésor que sont les romans d'Audur Ava Olafsdottir. Sa prose toute en finesse et en subtilité ne cesse de m'émerveiller. Cette femme est l'une de mes écrivains préférés et je vous recommande vivement de lire ce roman comme tous les autres qu'elle a écrits.

To be published in June 2020

SUMMARY


Iceland in the 1960s. Hekla is a budding female novelist who was born in the remote district of Dalir. After packing her few belongings, including James Joyces's Ulysses and a Remington typewriter, she heads for Reykjavik with a manuscript buried in her bags. There, she intends to become a writer. Sharing an apartment with her childhood and queer friend Jon John, Hekla comes to learn that she will have to stand alone in a small male dominated community that would rather see her win a pageant than be a professional artist. As the two friends find themselves increasingly on the outside, their bond shapes and strengthens them artistically in the most loving of ways.

MY THOUGHTS


What is the place of a woman writer in the world of the 60s? What is the place of a homosexual in the 60s? "Yes, there is no place in this world for a homosexual, Hekla, but there is room for a woman who writes." Hekla is the narrator of this novel. The young woman leaves her native countryside for the icelandic capital Reykjavik in search of a job that will allow her to spend her free time writing. There she joins her best friend, DJ Johnsson, who is a homosexual. In this Iceland of the 60s, one would prefer that Hekla be miss Iceland and that DJ Johnsson marry (to a woman). Hekla and DJ Johnsson are looking for another destiny for themselves. The novel mostly follows the life of Hekla enamelled with interactions with other characters such as Iseyn her best friend, married and mother who writes in secret and fears to be destined to have a large family. It seems to me that Isey and Hekla look alike but while Isey became pregnant young and resigned by the force of destiny to her role as a mother, Hekla enjoys her independence as if she carried within her a natural freedom and she plays with destiny. Hekla, like the volcano she was named after, is a surprising and elusive source of energy. "The poet" as she calls him who she is with, for a moment is completely eclipsed by the light that Hekla carries in her.
Hekla's story is carried by the powerful prose of Audur Ava Olafsdottir. Each sentence is a jewel that holds much more power in it that it seems to have at first sight. The sentences are simple but sound so right that they are deeply touching. The novel, in the first person, plunges us into Hekla's intimacy. Yet there is a sort of diffuse detachment in the way Hekla describes the world she sees, detachment that is found in the writer's other novels. Each page gives the impression of revealing a huge secret but at the same time it seems that part of this secret remains forever under a misty veil that gives it fuzzy contours. We see what Hekla sees but we don't know how she feels. This way of telling the story is amazing because it suggests feelings without revealing them completely. I find it brings amazing power to prose and stimulates our imagination and emotions.
There is much poetry in the words of Audur Ava Olafsdottir. She magnifies the banal and gives it a purity and a deep meaning. It is beautiful. It is immensely beautiful. In addition, this novel carries a feminist message with this heroine, a woman writer who is indomitable by men, neither by this man who keeps trying to convince her to take part in this Miss Iceland contest, nor by this poet who would have liked her to be a docile woman, a good housewife and a good cook. He can just admire her and be jealous of her as she is all he wished to be although she is a woman. There is also homosexuality, addressed in this book through the moving character of DJ Johnsson, a sensitive, melancholic man who aspires to a life where he would not have to hide, where it would be normal to be as he is. This novel carries a profound message about acceptance of self and of the other, about equality and respect that still resonates today. 
After reading Little Women earlier this year, the character of Hekla makes me think of the character of Jo. It i as if my readings announced a year 2020 of writing, independence and feminism. Miss Iceland is a sublime pearl that adds to the treasure that are the novels of Audur Ava Olafsdottir. Her prose all in finesse and subtlety never ceases to amaze me. This woman is one of my favorite writers and I urge you to read this novel like all the others she has written.

14/09/2019

Or/Hotel Silence, Audur Ava Olafsdottir


RESUME


"Je n'ai pas touché la chair nue d'une femme - pas délibérément en tout cas -, je n'en ai pas tenu une seule entre mes bras depuis huit ans et cinq mois, c'est-à-dire depuis que Gudrun et moi avons cessé de coucher ensemble, et il n'y a aucune femme dans ma vie, en dehors de ma mère, mon ex-femme et ma fille - les trois Gudrun. Ce ne sont pourtant pas les corps qui manquent dans ce monde et ils ont assurément le pouvoir de m'émouvoir de temps à autre en me rappelant que je suis un homme."
Sans plus de réconfort à attendre des trois Gudrun de sa vie - et inspiré par sa propre mère, ancienne prof de maths à l'esprit égaré, collectionneuse des données chiffrées de toutes les guerres du monde -, Jonas Ebeneser se met en route pour un voyage sans retour à destination d'un pays ravagé, avec sa caisse à outils pour tout bagage et sa perceuse en bandoulière. 

CE QUE J'EN AI PENSE


Ce livre est l'avant-dernier roman d'Audur Ava Olafsdottir que je n'avais pas encore lu. Encore une fois je suis émerveillée par cette écriture, par ce mélange de pudeur, de détachement et d'intimité, par cette poésie du banal, par ces dialogues énigmatiques et profonds. Audur Ava Olafsdottir rend magique l'ordinaire.
Tous ces personnages sont en quête d'identité. Ici Jonas, divorcé, quarante-neuf ans, père d'une grande fille, a perdu le goût de vivre. Il est à la recherche de sens. Dans sa vie, il n'y a plus que sa mère en maison de retraite dont l'esprit divague, sa fille qu'il voit de temps à autre mais qui a sa vie à elle à présent et son voisin, un mécano féministe sensible. Jonas désabusé, blasé va partir. Un aller simple pour un pays rescapé de guerre, qui tente de se relever de ses ruines. Là, il va rencontrer un frère et une soeur qui essaient de remettre à flot un hôtel, un enfant né pendant la guerre dont le père est mort assassiné, un restaurateur qui rêve d'une porte de façon western. Avec eux, il va découvrir que c'est parfois en aidant les autres que l'on se retrouve soi même.
Tous les personnages d'Audur Ava Olafsdottir sont attachants. Ils sont tous un peu philosophes, un peu égarés, pleins de sensibilité. L'écrivaine nous offre leur regard sur le monde, leur regard sur leur quotidien et nous délivre ainsi un message inestimable : chaque chose même la plus petite chose a une valeur. Avec sa prose toute en délicatesse, en suggestion, en subtilité, Audur Ava Olafsdottir parle à notre âme, à notre humanité. 
C'est beau et émouvant. C'est fort et profond.  


SUMMARY


Jonas Ebeneser is a handy DIY kind of man with a compulsion to fix things, but he can't seem to fix his own life. On the cusp of turning fifty, divorced, adrift, he's recently discovered he is not the biological father of his dauthter, Gudrun Waterlily, and he has sunk into an existential crisis, losing all will to live. As he visits his senile mother in a nursing home, he secretly muses on how, when and where to put himself out of his misery.
To prevent his only daugther from discovering his body, Jonas decides it's best to die abroad. Armed with little more than his toolbox and a change of clothes, he flies to an unnamed country where the fumes of war still hover in the air. He books a room at the sparsely occupied Hotel Silence, and there he comes to understands the depths of other people's scars while beginning to see his wounds in a new light. 

MY THOUGHTS


This book is the second to last novel by Audur Ava Olafsdottir that I had not yet read. Once again, I am amazed by this writing, by this mixture of modesty, detachment and intimacy, by this poetry of the banal, by these egnimatic and profound dialogues. Audur Ava Olafsdottir makes the ordinary magical.
All here characters are in search of identity. Here Jonas, divorced, forty-nine years old, father of a great daughter, has lost the desire to live. He's lookng for meaning. In his life, there is only his mother in a retirement home whose mind wanders, his daughter whom he sees from time to time but who has her life now and his neighbor, a sensitive feminist mechanic. Disillusioned, jaded, Jonas will leave. A one-way ticket to a country that has survived the war and is trying to rise from its ruins. There, he meets a brother and a sister who are trying to get a hotel afloat, a child born during the war whose father died murdered, a restaurateur who dreams of a western style door. With them, he will discover that it is sometimes by helping others that we find ourselves. 
All the characters of Audur Ava Olafsdottir are endearing. They are all a little philosophers, a little lost, full of sensitivity. The writer offers us their gaze on the world, their gaze on their daily life and thus delivers us an invaluable message: even the smallest thing has a value. With her prose full of delicacy, suggestion, subtlety, Audur Ava Olafsdottir speaks to our soul, to our humanity.
It's beautiful and moving. It's strong and deep.